Aller au contenu principal

NEWROZ - Exposition "Özgür Gündem"

Submitted by webmaster@mars… on
Image
NEWROZ - Exposition

NEWROZ - Exposition "Özgür Gündem"

Rendez-vous

Vendredi 27 mars 2026 - 08:30

Mercredi 1 avril 2026 - 16:30

Mairie 2/3

Description

Özgür Gündem (L’Agenda Libre), quotidien emblématique de la tradition du journalisme kurde, a commencé à paraître en 1992. Son histoire est marquée par les oppressions. Fermé à plusieurs reprises, ses locaux furent en 1994, la cible d’une attaque à la bombe, ses journalistes, même ses distributeurs et kiosques ont subi persécutions, emprisonnements, assassinats. 

Fermé définitivement en 1994 par une décision de justice, Özgür Gündem a pu renaître de ses cendres en 2011 et poursuivre son activité journalistique jusqu’au 16 août 2016, date à laquelle plusieurs médias et organes de presse kurdes ont été interdits et contraints de cesser leurs activités.

À la suite d’une descente musclée de la police dans les locaux d’Özgür Gündem, les journalistes et les membres de la rédaction se sont retrouvés placés en détention. 

Un acte de solidarité et de résistance active se produit à la prison pour femmes de Mardin et les détenues, dont Zehra Doğan, décident le 12 septembre 2016 de publier un n°1 d'Özgür Gündem, illustré et entièrement dessiné à la main. Les nouvelleset les reportages tirés des nouvelles de la prison (les seules auxquelles elles ont accès) comprennent plusieurs articles sur les femmes détenues, les pressions et les violations des droits auxquelles elles sont soumises en prison. Parmi elles, Nûdem Durak, Roj Çem Partizan, Merge Polat, Öznur Değer, Dîljîn Dînç. 

Dans le mouvement kurde, les femmes, tout particulièrement, cultivent cet esprit de la ”transmission” militante de l’analyse et de l’information. Une résistance consciente d’elle même et de ses buts en impose à ses geôliers, au-delà des privations, des vexations et des abus.

Lorsque vous jetez des journalistes en prison, et lorsque celles-ci ont des habitudes militantes acquises dans l’opposition démocratique, vous obtenez cet acte de résistance à l’oppression qu’il faut saluer et faire connaître. 

« Özgür Gündem était le seul journal que nous lisions en prison. Nous avons appris qu'il était interdit, fermé et ses journalistes emprisonnés. Nous étions abasourdies. Une de mes amies d'origine de Cizre, Nudem Durak, s'est effondrée en larmes : Nous n'avons même plus de journal ! Comment nous allons nous informer ? disait-elle en pleurant. Ses larmes, son désespoir m'a fait mal au cœur. Pour la consoler, je lui ai dit : tous les journalistes sont en prison. S'il n'y a plus d'Özgür Gündem, on l'éditera depuis la prison ! Elle a été très heureuse et elle s'est enthousiasmée. » 

« Nous avons fait les choses comme il faut. J'ai constitué une équipe. Quelques-unes sont devenues des correspondantes, d'autres se sont engagées pour les chroniques ou la mise-en page. Nous avons même formé une direction éditoriale. Comme dans un vrai journal, nous avons fait des réunions de rédaction tous les jours. Nous avons discuté, trouvé des sujets, repéré des personnes sources, pris leur avis, recueilli des infos et témoignages. Sous état d'urgence, il était interdit de prendre des photos dans la prison, j'ai alors dessiné pour illustrer les articles » 

« J'avais des rouleaux de craft pour mes dessins. Nous avons utilisé ce papier. Nous avons donc édité ce journal, d'un bout à l'autre, à la main. Ensuite, lors d'une visite ouverte qui permet aux détenues de rencontrer leurs visiteurs face à face, je l'ai fait sortir. » 

« Bien sûr, après la "parution" d'Özgür Gündem Geôle, l'administration de la prison était furieuse. » ajoute Zehra Doğan en riant, « Nous avons subi des fouilles interminables dans nos quartiers. Savez-vous ce qu'ils cherchaient ? Ils demandaient : Où avez-vous caché la machine à imprimer ? » 

Les planches ont quitté la prison clandestinement. Ce premier numéro d'Özgür Gündem Geôle a explosé dans les médias et réseaux sociaux. Ce journal fut, aussi bien pour son graphisme manuscrit et son contenu, que la démarche insoumise qui l'a fait naître, une véritable leçon de résistance, une claque donnée au désespoir. 

Malgré l’étau encore plus resserré de l’administration pénitentiaire après le premier numéro, un deuxième a néanmoins vu le jour en novembre 2016. 

Aujourd’hui, les originaux de ces deux exemplaires, précieuses pièces de la résistance derrière les barreaux sont exposées dans différentes expositions et musées européens, et actuellement au MACTE, jusqu’au 16 mai 2026 – Musée d’art contemporain de Termoli, dans le cadre de l’exposition Zehra Doğan, “Io, testimone” (Moi, témoin). 

 

Texte de Naz ÖKE, Kedistan